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Oléiculture : L’antrachnose en oliveraie

Une maladie fongique en extension sur nos oliveraies :

l’Anthracnose due à Colletotrichum sp.

Dr. Achbani E.H., Benbouazza A. Hdidou A. – INRA de Méknès

Achbani105@gmail.com

 

 

L’olivier constitue la principale espèce fruitière cultivée au Maroc ; il couvre aujourd’hui plus de 930.000 ha, soit plus environ 60% de l’ensemble de l’arboriculture nationale et 5% de la surface mondiale en oliviers. Le Maroc ne produit en effet que 3% de la production mondiale d’olives, devancée par des pays tels que la Syrie (4%) et la Tunisie (8%). Les incitations de l’état via le Plan Maroc Vert, et les efforts conjugués des différents acteurs ont amplement stimulé les plantations d’olivier.

L’ambition de l’état est de rendre ce secteur compétitif et porter la superficie cultivée en 2020 à 1,22 million ha pour atteindre une production de 2,5 million tonnes contre 1,2 à 1,5 millions de tonnes actuel qui est départagée entre la conserverie d’olive de table (25%), la trituration (65%) et l’autoconsommation et les déperditions dues aux dysfonctionnements des moyens de stockage ou de transport (10%). Un nombre de plant d’environ 266 millions annuellement est nécessaire  pour accompagner cette politique.

La faiblesse de la productivité de ce secteur majoritaire au Maroc est le résultat de contraintes multiples qui sont liées à la nature du matériel végétal utilisé et au mode d’exploitation qui est souvent de nature précaire notamment dans les systèmes de culture extensifs et de cueillette (90% du patrimoine) et à une infrastructure de transformation insuffisamment modernisée.

Les oliviers au Maroc ne bénéficient en majorité d’aucun entretien notamment dans les zones de montagne. Les pratiques agricoles comme la fertilisation, la taille de fructification et le contrôle mécanique contre les mauvaises herbes sont utilisés dans quelques vergers d’olivier particulièrement au niveau des zones irriguées. La récolte mécanique utilisant les vibreurs et la lutte contre les maladies et les insectes sont rarement pratiqués sachant que l’olivier peut être attaqué par plusieurs ravageurs qui affectent aussi bien le rendement que la qualité des olives et d’huile dont trois sont principaux à savoir: la mouche de l’olivier, la teigne de l’olivier et la cochenille noire de l’olivier. Une panoplie de maladie agresse également cette culture et limite ses potentialités de production telles que le Cycloconium, la Verticiliose et la tuberculose de l’olivier.

En plus d’une nouvelle maladie que nous avons repéré en décembre 2012, lors des prospections réalisées dans la région de Ouezzane sur quelques vergers d’olivier avec des arbres de la variété Picholine marocaine qui présentaient de symptômes inhabituels sur des fruits aussi bien mûres qu’immatures ; des tâches de pourritures marrons à noires avec des allures de truffe au chocolat, de différentes tailles touchant soit une partie très restreinte du fruit (Figure 1) soit la majorité de l’organe (Figure 2). Ces tâches de pourrissement conduisent à la momification partielle ou totale des olives et par la suite à leur chute (Figure 3).

Figure 1. Observation de tache marron sur fruit atteint

Figure 2.  Tâches de pourrissement s’amplifient et englobent l’ensemble du fruit. Elles conduisent à la momification totale des olives.

Figure 3. Chute des fruits due à la momification des olives atteintes de cette mycose.

 

Certaines de ces olives altérées sont fripées, alors que d’autres semblent gorgées d’eau. La chute prématurée des fruits est également observée. Outre la pourriture du fruit, des jaunissements plus au moins localisés sur feuilles et des petites altérations sur branches peuvent être également observés.

Il s’agit d’une attaque fongique due au champignon phytopathogène appartenant à la grande espèce de Colletotrichum sp (= Gloeosporium olivarum ALM.), responsable de la maladie de l’Anthracnose sur l’olivier.

Cette maladie d’anthracnose est l’une des plus importantes mycoses foliaires de l’olivier et la principale maladie du fruit. Le symptôme le plus caractéristique de la maladie comme on l’avait constaté dans les vergers visités est la pourriture et la momification des olives. Ces organes attaqués constituent  un réservoir important d’inoculum à partir desquels les conidies sont dispersées vers d’autres organes sains (Infection secondaire) via entre autres les éclaboussures de pluies et le vent.

Cette piste de dissémination de la maladie s’est ressentie surtout cette année de 2015 où la maladie s’est propagée dans plusieurs sites dans les régions de Taounate (Benimlid, Aïn Aicha,..), de My Driss Zarhoune- Meknès (Moussaoua) et de Khenifra avec des incidences oscillant entre 4% enregistré dans le site de Khénifra et 30% dans la région de Taounate. A Moulay Driss Zerhoune, l’incidence est d’environ 10%.  La maladie a pu se propager au bout de 3 ans vers d’autres sites lointains.

Ces momifications et ces pourritures sur olives impactent négativement la qualité de la production et surtout la qualité des huiles extraites; elles entrainent en effet des huiles très acides et une qualité organoleptique déplorable. Malheureusement certains viticulteurs sans le savoir récoltent à part  dans la région de Moulay Driss Zerhoune ces fruits infectés par la maladie en prétendant qu’ils sont mûres et bons à manger immédiatement!!!. Les huiles extraites à partir de ces fruits infectés par le champignon contiendraient malheureusement des toxines.

En effet, l’anthracnose est une maladie cryptogamique relativement courante, et qui atteint de nombreux végétaux, notamment des arbres, des arbustes et des plantes potagères.

L’incidence et la gravité de la mycose varient considérablement en fonction des conditions environnementales favorables (Pluies abondantes, fortes humidités et fortes rosées, des températures inférieures à 25°C), la sensibilité variétale, la virulence de la population de l’agent pathogène concerné et les blessures d’insectes. Les déséquilibres Les déséquilibres minéraux dans les plantes dus à un manque de fertilisation, à une fertilisation excessive notamment en azote, à des apports systématiques d’éléments minéraux sans analyses de sol et/ou foliaire ; le non-travail du sol sous les arbres favorise probablement le transfert d’inoculum d’une année à l’autre par les olives chutées.

Cette maladie fongique a  été signalée au Portugal, en Espagne, en Grèce, en Tunisie (en 2010), en Serbie, au Monténégro, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Afrique du Sud, au Brésil, en Argentine et en Uruguay.

C’est une mycose qui est qualifiée de très dangereuse du fait d’énormes dégâts qu’elle engendre sur la production oléicole.

En Espagne par exemple, la perte globale pour l’industrie oléicole due à ce champignon est estimée annuellement à plus de 93,4 millions de dollars. En 2011, ces pertes ont été estimées à environ  53 millions d’euros dans la seule région italienne de « Puglia ».

En Australie, la maladie affecte jusqu’à 80 pour cent des olives chez les cultivars sensibles tels que Barnea, Manzanillo, Kalamata et UC13A6. Au Portugal, elle est très fréquente et a causé des pertes allant jusqu’à 100%, en particulier au niveau de la variété sensible « Galega », une variété largement cultivée dans le pays. Dans la péninsule ibérique, des pertes importantes ont été signalées en automne 2006 chez des cultivars largement cultivés dans la péninsule comme l’Arbequine et la Picual, alors ils étaient considérés auparavant comme modérément résistants.

La lutte : est basée sur la lutte intégrée englobant des traitements chimiques, la sélection de cultivars résistants et la récolte hâtive.

En effet, les fongicides à base de cuivre qui sont maintenant le principal moyen de contrôle de la maladie, ne sont pas efficaces dans la suppression de l’anthracnose dans les oliveries en cas d’une forte pression du pathogène.

La gestion de cette mycose est également rendue plus difficile en raison de la présence de différentes espèces de Colletotrichum acutatum (C. et C. gloeosporioides) et, récemment, une troisième espèce en Italie, C. clavatum, vient s’ajouter à ce complexe. Une ou deux de ces espèces peuvent sévir dans les vergers touchés par la maladie.

Les fongicides à base de strobilurine peuvent être utilisés mais au vu des agriculteurs italiens, ils sont très coûteux. Ajoutons à cette cherté, le risque d’apparition de populations d’anthracnose résistantes comme il a été rapporté chez certaines cultures.

Des mesures prophylactiques doivent être prises en parallèle : i)  un contrôle efficace de la mouche de l’olive semble primordial pour limiter le développement et la propagation de la maladie (les points d’entrée et de sortie qu’elle provoque ont une incidence certaine sur le développement de cette maladie) ; ii) tailler régulièrement et suffisamment les arbres ; iii) raisonner l’irrigation et la fertilisation (modérer les apports en azote) ; et iv) ramasser et incinérer les olives chutées sur le sol afin de diminuer le taux d’inoculum primaire.

 

 

 

 

 

 

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