PLUSIEURS TECHNIQUES POSSIBLES POUR DÉFANER LES POMMES DE TERRE
Défanage chimique, mécanique ou thermique… ? Voici une présentation des solutions disponibles pour réussir cette intervention.
Dernière intervention avant la récolte, le défanage a pour objectif la destruction complète et rapide de la végétation pour contrôler le calibre, maîtriser la qualité de la pomme de terre et faciliter la récolte. Contrairement aux pommes de terre primeurs récoltées lorsque les tubercules sont immatures et souvent « peleux », les pommes de terres de conservation doivent être arrachées après une maturité complète de l’épiderme pour assurer une bonne conservation des tubercules. Pour ce faire, il est nécessaire d’attendre la maturité naturelle de la culture ou le plus souvent, de procéder à un défanage lorsque la qualité des tubercules est à l’optimum.
Défanage chimique : adapter sa stratégie au développement de la culture
En 2018, cinq matières actives sont toujours disponibles, dont un produit de biocontrôle. Toutefois, c’est la dernière année d’utilisation du glufosinate ammonium, substance active de la spécialité BASTA F1. La fin d’utilisation de cette spécialité est fixée au 24 octobre 2018. Notons également l’arrivée de deux propositions commerciales sous forme de pack : Dolby et Gozai Max.
Tableau 1 : Spécialités utilisables pour le défanage de la pomme de terre pour la campagne 2018
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(1) Utilisation possible jusqu’au 24/10/2018 uniquement
(2) Application en bande uniquement
(3) Produit biocontrôle
(4) Vendu sous Pack Gozaï Max (0.8l Gozaï + 1.6 Beloukha)
(5) Fractionnement possible de la dose d’application
(6) S’utilise avec un adjuvant extemporané de type huile minérale ou végétale.
(7) Vendu sous forme de Pack (0.8 l Sorcier + 1.6 l adjuvant Brasero)
Pour les variétés précoces ayant généralement peu de fanes et parvenant rapidement à maturité, un passage unique de défanant ou un broyage des fanes sénescentes peuvent suffire. Pour des variétés à plus fort développement, un programme de traitement à deux applications voire trois est la stratégie la plus fréquente. Le premier traitement vise à détruire rapidement le feuillage et à enclencher la sénescence ; le second, 5 à 7 jours plus tard, permet la destruction des tiges tout en limitant les repousses foliées.
Pour chaque produit, il convient également de respecter ses conditions d’application spécifiques telles que la possibilité d’utilisation en mélange, avec un fongicide par exemple, ou encore le délai avant récolte.
Le broyage mécanique pour réduire la part du chimique
Le défanage « 100 % chimique » est actuellement la méthode la plus largement répandue. Mais la stratégie qui consiste en un broyage des fanes de pomme de terre, en complément d’un défanant chimique, suscite de plus en plus d’intérêt. Dans ce cadre, l’application de Beloukha, produit de biocontrôle (liste du 16/05/2018), pour le défanage de la pomme de terre trouve tout à fait sa place.
L’absence de nouvelles matières actives pour le défanage chimique de la pomme de terre, la disparition de Basta F1, le réexamen du diquat et la pression sociétale… autant de raison qui pourraient bien à l’avenir faire évoluer les stratégies de défanage vers une part encore plus importante du broyage de fane.
Des broyeurs qui s’adaptent
Le broyage des fanes est une opération efficace qui permet de supprimer instantanément plus de 75 % de la végétation. Mais le débit de chantier est modéré du fait d’une vitesse d’avancement souvent proche de 5 km/h et de la largeur de l’équipement. Pour accroître le débit de chantier, de nombreux constructeurs proposent désormais des modèles 6 rangs en un seul châssis (Grimme), deux châssis repliable (Baselier) ou 3 modules Avant/Arrière 2 rangs (AVR).
Les matériels s’adaptent également aux différentes configurations de plantation : buttes ou billons.
Par ailleurs, l’adaptation d’équipement de pulvérisation peut s’adapter sur le broyeur pour effectuer un traitement chimique complémentaire au broyage mécanique de fanes. Cela permet d’éviter les reprises de végétation lorsque l’intervention s’effectue avant l’apparition des premiers signes de maturité de la végétation. En complément d’un broyeur frontal, le modèle Loef-Does d’Agricult porté à l’arrière du tracteur permet une pulvérisation centrifuge à bas volume (40 à 70 l/ha) généralisée à la surface des buttes. Il apparaît cependant plus adapté à l’application de produit de type Basta ou Spotlight. Pour les broyeurs tractés, une rampe arrière équipée de buses classiques permet d’effectuer un traitement localisé de la partie haute des buttes, ce qui permet de réduire généralement la dose d’application de 50 % avec une efficacité comparable. Agronomic et Grimme proposent des adaptations de ce type.
Défanage thermique : une voie renouvelée
Malgré son bilan énergétique élevé, le défanage thermique peut constituer également une option pour la production certifiée Agriculture Biologique (AB) ou éviter tout recours au chimique, même en cas de développement important de la végétation. Le passage d’une défaneuse thermique se traduit par une destruction des feuilles en quelques heures seulement, ce qui procure un effet assainissant intéressant en cas d’attaque de mildiou sur le feuillage pour ces cultures à cahier des charges spécifiques.
Après des solutions au gaz initiées au milieu des années 90 (Moreau, Rabaud …), la société Axinor propose depuis plus de trois ans un équipement utilisant de l’huile de colza pour ses brûleurs. Développé pour répondre au besoin de la Cuma CREATIVE*, ce modèle travaille sur 4 rangs, s’adaptant aux différentes configurations de plantation, de 70 à 90 cm, grâce à des brûleurs coulissants au-dessus du four inox à l’isolation renforcée. La vitesse d’avancement varie de 2,5 à 4 km/h selon le volume foliaire à détruire pour une consommation d’huile entre 100 et 150 l/ha. Ses deux réservoirs rassemblant une contenance totale de 650 l lui procure une autonomie d’environ 5 à 6 ha (soit 5 heures généralement) avant de nécessiter un remplissage.
Au sud de la France, la défaneuse Humeau travaille sur deux rangs, avec du fuel comme combustible. Depuis près de dix ans, plusieurs groupes de producteurs de plants certifiés AB l’utilisent avec succès après un broyage frontal léger réalisé en simultané. Le débit de chantier est plus faible du fait de la largeur de travail ; la consommation de fuel et de l’ordre de 35 l/ha pour un passage, sachant que deux interventions sont le plus souvent requises dans ce contexte de défanage précoce pour parvenir à une destruction totale de la végétation.
La défaneuse thermique marque son passage dans la parcelle après quelques minutes seulement.
Arrachage mécanique des fanes : une innovation récente
L’arrachage mécanique des fanes est une voie ouverte il y plus de vingt ans. Le matériel à ballons gonflables Oldenhuis a été l’équipement le plus commercialisé : il est resté toutefois cantonné aux Pays-Bas à la culture de plants pour obtenir une destruction rapide de la végétation en réduisant le risque de contamination des tubercules par le rhizoctone.
Depuis 2017, la société Rema propose un équipement hydraulique à bandes totalement automatisé : y est associé un organe coupe-racines pour compléter l’action sur les tiges insuffisamment désolidarisées du système racinaire. Aussi, ce matériel travaille classiquement avec un broyage initial du feuillage pour faciliter le pincement des tiges entre les bandes en évitant les bourrages. Prévue cette année, l’évaluation de ce nouveau modèle permettra d’en affiner les performances.
* CUMA Régionale pour l’Emergence d’Activités Territoriales Innovantes et la Valorisation de l’Environnement